De la soie bruissait en haut des arbres. Tout en haut, à la cime, le chant des oiseaux qui s’échangeaient des secrets, beaux et tristes. Atis tendit l’oreille. C’était très important. Il fallait comprendre un mot, un seul, et tout irait bien. Le capitaine de l’Ezia Polaris tendit les mains, les referma sur une branche assez robuste pour soutenir son poids.
C’était grotesque. Ce genre de végétal, plus haut qu’un homme, n’existait que dans les pages des livres d’Histoire.

« Évidemment. C’est un rêve. »

À quelques mètres au-dessus de lui, Maya était assise, les pieds se balançant dans le vide. Esquissant un sourire, elle posa un long doigt sur ses lèvres.

« Mais il ne faut pas le dire. Sinon tu te réveilles. Et ce serait dommage de se priver de la vue non ?
– La vue ?
– C’est pas croyable hein ? »

Une main sur son épaule. Lugh hocha la tête, avant de tourner un regard émerveillé vers l’horizon. Atis sentit le vertige le saisir quand il se rendit compte qu’il était désormais assis au sommet d’une canopée verdoyante. Au-dessous de lui, s’étendait à perte de vue des étendues vallonnées, parsemées de larges forêts. Un soleil vaillant baignait l’endroit d’une lumière douce. Quelques oiseaux peu farouches s’étaient posés à côté des humains et sautillaient sur le feuillage dense.

« Nous sommes sur Terre ? »

Il y eut un léger gloussement. Pierre émergea de derrière un gigantesque tronc d’arbre le long duquel il grimpait comme s’il avait arpenté un plan horizontal. Sa silhouette dégingandée était enveloppée dans une sorte de kimono blanc et il avait troqué ses éternelles lunettes à verres épais contre un antique pince nez. Il tenait à la main le petit appareil photo numérique avec lequel Atis l’avait vu la dernière fois.

« Sur Terre ? Non. Non pas possible. Pas encore. Trop de déséquilibres. De calculs à effectuer.
– Comment ça ?
– Je vais t’expliquer. Parce qu’il est temps que tu comprennes quand même. Alors écoute bien : le viable qui de l’information se tend un peu.
– Quoi ?
– Empêcher la solution d’aimer empire les arctiques. »

Pierre avança brusquement la tête. Il se trouvait à quelques centimètres à peine de son capitaine.

« Maintenant que je t’ai tout révélé, il faut que tu me donnes une réponse.
– Je n’ai rien compris.
– Tut tut tut ! La réponse d’abord. Non. Non, la question d’abord. La question évidemment.
– Excuse-le… »

Maya avait à peine haussé la voix. Elle reposait à présent, allongée au milieu des feuilles émeraude, fixant le soleil sans ciller.

« C’est plus difficile pour nous, maintenant. Voici ce qu’il veut te demander : hormis toi, tous ceux qui sont ici ont quelque chose en commun. Devine.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est le jeu. »

Un vent léger faisait bruisser les feuilles, à présent. Atis tourna la tête vers chacun de ses compagnons. Maya, sur son lit vert émeraude, Pierre, adossé à l’écorce, Lugh, assis en tailleur, au sommet de l’arbre le plus haut.

« Vous êtes tous mes compagnons de voyage.
– Bah ! Tu peux faire mieux que ça ! »

La branche sur laquelle le jeune homme était assis ploya brutalement. Il se sentit basculer à travers les frondaisons. Battant désespérément des bras, il tenta de se raccrocher à quelque chose ; en vain. Lianes et feuillage lui filaient entre les doigts. Puis, il sentit une griffe d’écorce lui déchirer la chair. Le sang se déploya en un ruban écarlate autour de lui, tandis que le sol s’approchait de plus en plus vite. À nouveau, il entendit la voix de Maya lui résonner aux oreilles

« Le point commun.
– Je ne sais pas !
– Bien sûr que si. Nous sommes dans ta tête, tout part et arrive à toi. Il faut juste chercher. Ou tomber. Pour toujours. »

La chute s’accélérait, et Atis n’était même plus certain de la direction vers laquelle il se précipitait. Ses yeux brouillés de larmes ne distinguaient plus que des formes confuses. Suffoqué par la vitesse et la terreur, il ouvrit à nouveau la bouche, laissant échapper un seul mot :
« Ezia !
– Aaaah, voilà ! »

La chute s’arrêta brutalement. Atis était désormais suspendu en l’air, incapable de bouger un cil, tandis que la forme fantomatique de Pierre se tenait devant lui, volute, dans l’air humide.

« Le voilà le point commun. La chute. La faute.
– Ezia ?
– Tous. Tous exilés. Par sa faute.
– Ce n’est pas vrai. Ezia n’y est pour rien ! L’éboulement… Les brumes bleues…
– Maya a raison. Nous sommes ton rêve, Capitaine. Nous ne disons rien d’autre que ce que tu sais déjà.
– Tout est faux. La preuve. Lugh est ici. Et il est encore sur le vaisseau. Le vaisseau…
– Écoute les oiseaux capitaine. Eux savent… »

Silence. Ne retentissaient plus dans le vide immobile que quelques pépiements. Discrets. Comme des sanglots qu’on aurait voulu cacher. Les sanglots qui résonnaient dans le système de communication de l’Ezia Polaris. Qui semblaient ne jamais devoir s’arrêter.

« Ezia ? »

Atis se redressa sur sa couchette. Des pleurs. Les ultimes souvenirs du songe s’évanouirent tandis qu’il roulait péniblement vers l’interface.

« Ezia qu’est-ce qu’il se passe ?
– Capitaine. Il faut que vous veniez. À la baie d’embarquement. Vite. Je suis désolée. C’est grave. »

C’est grave. Jamais en trois ans Ezia n’avait prononcé cette phrase. D’après ce qu’il savait de sa conception, elle n’aurait pas même dû être capable d’énoncer ce genre d’affirmation aussi sèchement. C’est grave. Les deux mots résonnaient à vide sous le crâne encore engourdi de sommeil du capitaine. Passant rapidement un pantalon, une chemise et sa veste d’officier, il traversa ses appartements. À quelques pas de la porte il remarqua qu’une gigantesque affiche était apparue durant son sommeil. Il faisait la une d’un magazine qu’il ne parvenait pas à identifier.

– Pas le temps.

Le trajet en nacelle permit à Atis de sortir totalement de sa torpeur. Il sauta à bas de l’engin à quelques centaines de mètres de l’arrivée, provoquant l’ire des protocoles de sécurité et se mit à courir vers sa destination. Il se déplaçait probablement plus lentement ainsi mais rester immobile lui était impossible. Quelques enjambées et des hurlement résonnèrent à ses oreilles.

« Laisse ça !
– Je le fais maintenant ! Il va être hors de portée du vaisseau dans deux minutes ! Ezia, active le protocole de destruction. Tout de suite ! »

La lumière crue de l’immense hangar força Atis à détourner les yeux quelques instants. Confusément, il distinguait deux silhouettes enlacées dans une lutte violente. Impact. La chair contre la chair. Des tendons qui heurtent des os. Puis la voix de Reinhilde s’éleva à nouveau, pleine d’une colère bouillante.

« Ezia, tu m’entends ? Fais ce que je t’ai dit !
– Je n’ai pas le droit. Il faut… Ce doit être l’un d’entre vous qui rentre le code de destruction.
– Capitaine ! »

Le visage ensanglanté du pilote de l’Ezia Polaris se tourna vers Atis. Avant de s’incliner brusquement pour donner un violent coup de tête à son opposant, Faris, qui recula sous l’impact. L’habituel catogan du journaliste s’était détaché. Les cheveux noir de jais retombaient sur les épaules osseuses, qui tremblaient maintenant au rythme d’une respiration haletante. Il tenta un nouvel assaut, se jetant de toutes ses forces sur Reinhilde. En d’autres circonstances, Atis n’aurait pas donné une chance au civil. Reinhilde le dépassait d’une bonne tête et était autrement plus rompue aux exercices physiques. L’avantage était clair.

Pas cette nuit.

Les doigts noueux se refermèrent comme des serres sur les bras de la jeune femme, l’immobilisant. Faris était désormais lové contre elle, dans une étreinte inextricable. Ce n’est qu’à ce moment qu’il prit lui aussi la parole, la voix oscillant dans des aigus déchirants.

« Atis ! Elle veut tuer Lugh !
– Capitaine ! Il s’est enfui ! Il a volé une navette ! Il… »

Gargouillis. Faris avait planté ses dents dans dans le cou laissé un instant à découvert. Le hurlement d’Ezia et de Reinhilde fit trembler le vaisseau tout entier.

« Fais quelque chose ! Vite ! »

Une montée d’adrénaline sortit Atis de sa léthargie – non ce n’est pas un cauchemar – et il se précipita vers ses deux subordonnés. Il allait faire ce qu’on lui avait appris dans ces cas-là. Les saisir le plus violemment possible par l’épaule, là où courait le nerf. Les secouer jusqu’à ce que ses membres soient engourdis. Et après, seulement réfléchir.

La violence du conflit l’en empêcha.

À un mètre des adversaires, il s’arrêta. Il émanait d’eux une telle haine qu’il lui était impossible de faire un pas de plus. Il vit un éclair argenté fuser de l’épaule de Reinhilde. LaFay bondit de sa propriétaire, ses griffes métalliques en avant, visant les yeux du journaliste. D’instinct, celui-ci se jeta en arrière, relâchant sa proie. Le pilote se dégagée, une déchirure pâle au niveau du cou et, avec une vitesse obscène, saisit Faris par les tempes. Atis vit ses poignets blanchir sous l’effort, vit les os se déplacer sous le crâne. Un filet de sang coulait désormais des narines du journaliste qui se débattait de toutes ses forces. Aucune force physique au monde ne briserait l’étreinte.

Alors il inspira. Se concentrer. Ventre. Poitrine. La plus infime des tensions au niveau de la gorge. La fenêtre était infime. Là ! Décocher.

« Vous allez arrêter. Maintenant. »

Sa voix. La voix du Capitaine fila dans l’espace et se déploya sous le haut plafond du hangar, se propageant dans le moindre atome d’air. Mediums et graves résonnaient désormais à ses propres oreilles. Ezia s’était emparée de l’onde et la diffractait dans les haut-parleurs de la salle.

Faris et Reinhilde se figèrent. Les yeux fous, ils se tournèrent lentement, très lentement, vers Atis. Comme deux amants épuisés, les corps se séparèrent. Avant de tomber, éreintés, au sol.

« Il faut les transporter à l’infirmerie. Vite !
– Attends. Lugh. Qu’est-ce qui lui est arrivé ?
– Eux d’abord. Je suis désolée, Reinhilde a raison. Pour Lugh c’est… C’est trop tard. »

*

* *

« Je vais les rencontrer. Je vais les rencontrer maintenant. »

Atis déglutit, et se força à ne pas allonger le pas. Il avait passé les six derniers mois sous l’oeil – réel ou virtuel – de Daphné et de son équipe. On perdait des réflexes, on en gagnait d’autres : la régularité, surtout. Ne pas accélérer ou ralentir plus que dans des paramètres raisonnables. Conserver la maîtrise de son élocution :

« Pourquoi faites-vous cela ? avait demandé Daphné après un entretien quant à ses dernières performances en gestion d’équipe. Vous contrôler à ce point je veux dire.
– Je suppose que c’est ce que l’on attend d’un capitaine. Le contrôle, je veux dire.
– C’est ce que vous attendriez, vous ?
– Je suppose, oui.
– C’est important pour vous, Atis, d’offrir à votre équipage ce que vous souhaitez ?
– De la psychanalyse ? Vraiment ? »

Daphné avait eu un petit rire et s’était dirigée vers les baies vitrées qui recouvraient l’un des murs de la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Le soir embrasait le parc qui s’étendait sous leurs yeux d’un rouge sombre.

« N’essayez pas d’être cynique. Ça ne vous va vraiment pas. Et oui, de la psychanalyse.
– Je vous intéresse tant que ça ?
– Vous savez que ce n’est pas le cas. Si vous êtes sélectionné, tout votre groupe prêtera attention à vous. Les médias analyseront le moindre de vos gestes avant votre départ et à votre retour. La Terre entière voudra savoir qui vous êtes. Mais non. Non, vous ne m’intéressez pas.
– Qu’est-ce qui vous intéresse, alors, Daphné ? »

La femme était toujours tournée vers l’extérieur. Il était impossible à Atis de deviner son expression. Mais il y avait, comme toujours, toute la compassion du monde dans sa voix quand elle répondit :

« Le monde.
– Tout simplement ?
– Tout simplement. Vous n’avez pas idée à quel point. Ce que je ferais pour sauver cet ensemble de hasards qui, un jour, a décidé de donner naissance à la vie. »
Elle ne bougeait toujours pas. Très droite dans sa robe blanche, les mains délicatement ramenée dans son dos.

« Savez-vous ce que je faisais avant de travailler pour le projet Ezia Polaris, Atis ?
– Non.
– J’étais chargée des relations humaines dans une entreprise de publicité. Je ne suis pas entrée ici du fait de mes études, je ne connaissais que le commerce. Je ne suis pas entrée ici de par des relations, mes parents sont tous les deux des fonctionnaires locaux.
– Comment alors ?
– Comme tout le monde, j’ai vu la vidéo, il y a quinze ans. Les astronomes et les physiciens qui se rebellaient contre le pire mensonge de l’univers. Vous étiez où, vous, à ce moment-là ?
– Au collège. J’avais treize ans. Mes parents m’ont expliqué ça le soir. Je n’ai pas compris tout de suite.
– Évidemment. Qui aurait pu comprendre quelque chose d’aussi énorme, d’aussi simple ? Le soleil qui s’éteint. On n’en n’a pas pour cinq milliards d’années, c’était du grand guignol. Mais pour vingt ans. Trente au plus. Comment est-ce que vous vous êtes senti ?
– Je ne sais pas. Je me souviens m’être dit que trente ans, c’était beaucoup, quand même. »

Daphné eut un rire léger.

« Ça vous ressemble tellement. Vous savez que cette façon d’être vous donne toutes vos chances ?
– Mon adolescence ?
– Votre inconscience. Votre incapacité à concevoir les espaces infinis du cosmos et de la raison. Vous êtes… Là. Au moment présent. Je vous envie.
– Vous parlez beaucoup ce soir.
– En effet.
– C’est un autre test ?
– Un besoin. Je retiens ces mots depuis quinze ans. Et je peux encore les retenir s’ils vous incommodent.
– Vous voyez la vidéo. Et ensuite ?
– Ensuite, pour la dernière fois de ma vie, j’ai été furieuse. J’ai crié. Je ne crie pas souvent. Et après trois jours à pleurer, à refuser de sortir, je me suis dit que ça ne servait à rien. Et je suis partie.
– Où ça ?
– Partout. »

La nuit était totalement tombée à présent. Le soleil asthmatique n’avait pas pu maintenir le soir plus de quelque minutes. La forme pâle de la directrice du projet Ezia Polaris se détachait désormais, seule dans le noire.

« J’ai tout vu. Pendant six ans, j’ai exploré les métropoles au sommet des montagnes et les campements dans les plaines. J’ai dormi dans des ports de pêche et dans des fonderie. Je voulais faire mes adieux. Et je n’ai pas réussi. Je refusais que le génie humain se trouve réduit à rien par un hasard cosmique. Alors j’ai décidé de sauver le monde. J’ai inscrit ma fille à l’internat et je suis allée voir les gens les plus importants sur Terre pour leur présenter mon projet. »

Atis se passa la langue sur des lèvres anormalement desséchés.

« Et on vous a écouté.
– Évidemment. J’avais raison.
– Pourquoi vous me dites tout ça ?
– Parce que vous allez diriger l’Ezia Polaris. Je l’ai décidé. Tout ces tests, cette sélection, c’est du décorum, une façon de rassurer ces gens importants qui ont tellement, tellement peur. Mais vous le saviez aussi, n’est-ce pas ?
– Oui. »

La silhouette fantomatique vint de placer devant lui. Son parfum lui tenait lieu de visage. Même si la pièce était entièrement plongée dans le noir, la présence de Daphné se déployait partout.

« Vous êtes le seul à n’offrir aucune prise. Votre passé, votre parcours, tout est tellement commun. Enfance paisible, études brillantes mais pas exceptionnelle, carrière et passe-temps banals… Depuis le début de votre vie, vous attendez, vous désirez quelque chose de gigantesque, quelque chose de surhumain. Vous l’appelez de tout votre être, il suffit de vous observer, de vraiment vous observer pour le comprendre.
– Oui.
– Alors en avant, Capitaine. Soyez le vaisseau du sacré. L’Ezia Polaris vous apportera tout ce que vous souhaitez. »

Il n’y avait plus que quelques mètres à parcourir. Des voix – une plus forte que les autres – résonnaient à ses oreilles. Des visages qui ne le voyaient pas encore. Et un flot de boucles brunes.

Alors Atis s’était éveillé.

*

* *

« Je ne sais pas comment ça a pu arriver.
– Je ne veux pas d’excuses.
– Je parle de Lugh. »

Faris tenta de se redresser sur un coude avant de retomber lourdement sur le matelas. Le moniteur qui surveillait sa condition physique émit un sifflement de protestation. Atis lui posa une main qu’il espérait rassurante sur l’épaule. Les corps de ses deux derniers subordonnés reposaient à présent dans les réceptacles de soins intensifs marqués, brisés par les stigmates de leur lutte. Malgré ses efforts, Atis ne parvenait pas à détendre les traits de son visages en une mimique apaisante. Il y eut une nouvelle respiration sifflante et Faris reprit la parole.

« Lugh. Il… Il a réussi à sortir de la chambre de désactivation par lui-même.
– Ezia. Est-ce que c’est vrai ?
– Oui. Ce n’est pas un dysfonctionnement de l’appareil.
– Comment est-ce que c’est possible ?
– Je ne sais pas. Tant que… Tant que la thérapie n’est pas achevée, la plupart des influx nerveux sont neutralisés.
– J’ai suivi toutes les procédures, Capitaine. »

Reinhilde n’avait pas bougé d’un pouce. Les yeux rivés au plafond, elle éructait chaque mot d’une voix pâteuse.

« J’ai tout vérifié. Et Ezia est passée derrière moi. Il n’aurait pas pu…
– Pourtant il a. »

La voix d’Atis avait résonné, implacable. Le Capitaine tourna le dos aux deux blessés et fit mine de s’absorber dans les signaux vitaux de ses subordonnés qu’un écran imperturbable déroulait.

« Est-ce que quelqu’un sait ce que Lugh essaye de faire ?
– Capitaine…
– Je veux une réponse Ezia. On est en train de détruire la Terre. Il n’y a plus que nous quatre. Si on continue à se mentir, nous échouerons. Tu échoueras. »

Les quelques secondes de satisfaction qu’Atis éprouva en énonçant son verdict furent immédiatement suivies d’un sentiment d’intense dégoût. La conscience du vaisseau se tut un instant avant de reprendre d’une voix légèrement plus rauque.

« Il est parti vers l’une des deux planètes viables que j’avais repérées.
– Comment a-t-il su ? Deux ? D’un coup ? Tu… Tu scannes les systèmes au fur et à mesure que nous les découvrons, non ? »

Au moment même où les paroles quittaient ses lèvres, il faillit éclater de rire, devant sa crédulité. C’est tout ce qu’il y avait eu à faire, formuler.
« Non. Bien sûr que non. »

Cette fois-ci, Faris parvint à s’asseoir. Repliant ses jambes en tailleur, il se mit en devoir de retirer délicatement sa perfusion. Atis n’eut pas un geste pour l’en empêcher.

« Les planètes candidates à l’insémination ont été repérées avant le début de l’expédition. C’est tout à fait logique quand on y pense. Errer dans l’espace au hasard… On ne pouvait pas faire reposer l’avenir de l’espèce humaines là-dessus. Il aurait pu se passer des millions d’années avant que l’on tombe sur un endroit potable. Mais ce voyage infini, c’était un chapitre supplémentaire dans notre petite fiction à nous, l’équipage. Tellement plus romantique, pas vrai ? L’odyssée des élus, les derniers espoirs de la Terre, perdus dans le cosmos.
– Tu sais ça depuis longtemps ?
– J’ai pigé deux semaines après le départ.
– Et tu n’as rien dit ? »

Le journaliste haussa les épaules.

« Ce mensonge-là ne nuisait à personne. Mieux. Il était l’amorce de tout le reste. À partir de là, je pouvais mener mon enquête. Je n’en n’ai parlé qu’à Lugh, il y a quelques mois. Lui aussi avait des doutes. Je lui ai transmis la liste des coordonnées. Il faut croire que le système informatique du vaisseau n’est pas si infaillible que ça, Ezia. »

À sa grande surprise, Atis ne sentit qu’une immense lassitude l’envahir. Il aurait voulu. Fissurer un écran à coups de poing. Se mettre à hurler, quitter la pièce. Laisser le titan de ferraille et ses machinations se débrouiller seul. Il se contenta de hausser les épaules.

« Peu importe. Peut-on encore rattraper la navette ?
– Non, répondit Faris. L’EP-04 était particulière.
– Comment ça ? »

Il y eut un crachotement. Comme celui des premières radios. La voix d’Ezia retentit à nouveau, deux tons plus haut qu’à l’accoutumée.

« C’était la navette de la dernière chance. Plus d’autonomie. Un système de guidage plus perfectionné. Si le pire arrivait, nous aurions pu nous y abriter quelques mois. Et presque autant d’informatique que dans tout le vaisseau. Lugh a réussi à dissimuler les coordonnées de sa destination derrière des pare-feux qu’il me faudra des semaines pour désactiver. Et dans l’EP-04, il y avait… comme une graine. Mais plus simple à activer. Plus risquée aussi. Toujours au cas où le vaisseau se retrouvait en danger d’être détruit.
– Comment fonctionnent les graines ? »

Silence.

« Ezia, comment ?
– Elle ne répondra pas, tu le sais bien. »

À son tour, Reinhilde se redressa sur son séant. Elle resta un instant assise avant de sauter à bas du lit. Son visage se crispa brièvement, tandis que son robot bondissait à bas du meuble sur lequel il s’était perché et regagnait la chevelure de sa maîtresse.

« Je vous présente mes excuses, Capitaine. Vu les circonstances, je comprendrais qu’une désactivation s’impose mais…
– Tais-toi. Tais-toi, s’il te plaît. J’ai besoin qu’on réfléchisse. Qu’on réponde à cette simple question : que fait-on maintenant ? »

Faris eut son sourire de loup. Il se tenait désormais debout, le bout des doigts sur l’une des tablettes afin de conserver son équilibre.
– Moi je vous proposerais bien quelque chose. Quelque chose qui nous permettrait d’expliquer le départ de Lugh. La mort de Maya. Et pas mal d’autres trucs. Je comptais garder l’exclusivité pour mes lecteurs. La Une du premier journal dans un nouveau monde. Mais je vais avoir besoin de vous.
– On t’écoute, dit Atis.
– Non. Vous me suivez.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est un secret. On a rendez-vous dans la chambre d’Ezia. »

Quelques gouttes écarlates perlaient aux narines de Faris. Il les essuya avec un soupir, avant de gagner la sortie de l’infirmerie, d’un pas chancelant. Les deux autres suivirent. C’est tout ce qu’il restait à faire.

*

* *

La nacelle s’arrêta brutalement. Rien à voir avec la décélération douce qui, même en cas d’urgence, stoppait la plateforme. Les trois occupants basculèrent les uns sur les autres. Faris poussa un hurlement de douleur, agrippant la rambarde de toutes ses forces. Autour du petit groupe, l’intensité des lumières avait baissé, plongeant le corridor dans la pénombre.
« Qu’est-ce qui se passe ? »

La voix d’Ezia résonna à nouveau. Le capitaine eut l’impression qu’elle s’adressait directement à son cortex, tympans court-circuités.

« Atis. Vous allez au pôle d’incarnation.
– C’est ce qui est prévu.
– J’ai peur que ce ne soit pas possible.
– Pourquoi ?
– J’ai mis le cap sur la dernière planète compatible de ma charte stellaire. J’ai besoin de vous.
– Pour quoi faire ?
– Vous n’avez rien à faire là-bas.
– Je veux voir ce que Faris a à nous montrer.
– Non.
– Ezia. Je suis le capitaine. Je décide de la marche à suivre. »

D’autres lampes s’étaient éteintes. Ne subsistaient que les éclairages de sécurité, inexpugnables. Les parois du vaisseau n’étaient plus que des formes indistinctes. Les ruines d’une cité cyclopéennes.

« Vous mettez en péril la mission. Je vais devoir vous empêcher d’avancer. »

Reinhilde se tourna vers son supérieur. Un léger tremblement agitait ses mains.

« Nous devrions faire ce qu’elle dit.
– Hors de question. Je suis le Capitaine, et j’entends être obéi. »

Faris n’avait pas lâché le bastingage. Il ne tenta même pas de se retourner vers ses compagnons quand il reprit la parole :

« Ezia obéit à ses protocoles de sécurité. Elle est une Intelligence Artificielle avant tout. En cas de crise, elle revient à des paramètres beaucoup plus simples que les interactions sociales.
– Ezia, c’est vrai ? (Atis criait, désormais) Qu’est-ce que tu as ? Est-ce qu’on peut t’aider ?
– Reprenez la mission. Rien ne s’est passé.
– Des gens sont morts, Ezia. Je te le répète, nous sommes en train d’échouer. Je n’arrive pas à croire que je dis ça, mais la survie de la Terre passe par l’honnêteté. Je veux savoir ce qu’il se passe sur ce vaisseau.
– L’honnêteté… L’honnêteté ? »

La conscience du vaisseau cracha ce dernier mot comme un jet de salive.

« Qu’est-ce que vous savez de l’honnêteté ? »

Les ténèbres avaient envahi jusqu’à la plateforme sur laquelle ils se tenaient. Atis se sentit gagné par un violent vertige. La voix s’insinua encore un peu plus dans son cerveau.

« Vous avez passé votre temps à vous tromper, les uns les autres. Une pilote, fidèle à sa mission, avant tout. Prête à tout saCrifier pour le bien commun, y compris ses compagnOns. Parce qu’elle comprend, elle ! Elle est TelleMent plus fine que les autrEs ! TellemeNt envie de fAire plaiSir à son VaisSeau ! Elle et sOn petit roBot !
Et Faris ? Si fièRe, de jouer le rôle de l’enquêtrice. Celle qui alLait dévoiler la vérité. Larguer ses petites bombes. À quoi te sert-elle, maintenant ta vérité ? Elle a épargné PIERRE, ta VÉRité ? Maya ? Lugh ? Tu aUrais pu t’opposer. C’est pour ça QuE tu avais été recRUtée. Tu n’as rien fait. Par éGoïsme.
Ce qui nous amène au capitaine. Qui cherche à protéger son petit monde à tout prix. Qui… Qui ne voit rien… riEn d’AuTrE qUe SoN bonHeuR et ceLui de sEs peTits PrOtégÉs. et… mOn… »

Un larsen infernal envahit l’espace. Atis se boucha les oreilles et bondit au sol. Ses compagnons firent de même. Il ne leur restait qu’à courir. De toutes leurs forces, vers les entrailles du vaisseau. Le sifflement gagna en puissance. Il sembla au capitaine que le son faisait vibrer jusqu’à ses orbites. Il allait éclater sur place s’il ne parvenait pas à faire céder Ezia. Se dirigeant vers l’une des trappes de sécurité, il se mit en devoir d’entrer le code d’urgence. Qu’il se couvre ou pas les tympans n’avait plus grande importance à présent.

Verrouillage de sécurité.

Évidemment. Il sortit de l’une de ses poches un petit appareil de forme allongée et entreprit d’en approcher l’extrémité des vis qui maintenaient le boîtier fermé. Le métal émit un petit chuintement avant de se recroqueviller. Le carré d’acier tomba au sol, laissant la place à un écran tactile rudimentaire. Le larsen s’évanouit aussitôt et une voix d’enfant lui succéda.

« Arrête tout de suite.
– Je suis désolé Ezia. Mais si tu es prête à tout pour nous empêcher d’aller jusqu’à cette salle, ça veut dire que c’est capital. Je dois te mettre en stase le temps qu’on arrive.
– Non. Non tu peux pas. Tu ne sais pas ce que ça fAiT.
– Alors tu nous rends le contrôle de la nacelle.
– Je ne peux pas.
– Ce n’est pas négociable.
– Je vais mourir !
– Ezia, je vais te désactiver, ça n’est rien.
– Ça n’est rien ! »

Un rire strident retentit.

« Tu ne sais pas ce que c’est ! Votre cerveau est capable d’effacer jusqu’au souvenir de la désactivation. Je n’ai pas ça, moi. Pas d’inconscient. J’ai déjà vécu ce que ça va me faire. Ils me l’ont fait une fois pour me me montrer ! Ce sera… Ce sera être dans le noir. Ce sera être perdue, être la seule à exister au milieu de rien. Sans espace. Sans temps. Atis, j’ai peur. Ces… Ces espaces infinis m’effraient.
– Laisse-nous avancer.
– Non ! »

La série de chiffres avait été entrée. Deux, trois, cinq, neuf. Il ne restait plus qu’à valider. Le jeune homme hésita. Il avait aux narines l’odeur de la terre humide après le cycle d’arrosage. Les heures passées à échanger avec Ezia. Et la première fois. La première fois qu’il avait vu Ezia Oswald, leur experte psychologue, se dissoudre dans la carlingue du vaisseau. Une faille s’était ouverte en lui, et n’avait jamais cessé de saigner depuis. Qu’est-ce que c’était, être Ezia, au fond ?

« Putain Atis, on ne peut plus hésiter maintenant ! »

Le poing de Faris s’écrasa contre la surface polie. Il n’y eut aucun bruit. Les lumières retrouvèrent une intensité normale. Et le bruit du moteur se fit à nouveau entendre. D’une voix blanche, Reinhilde prit la parole.

« On a désactivé Ezia. Le vaisseau ne tiendra pas plus de vingt-quatre heures sans elle.
– Alors dépêchons-nous. »

*

* *

Chaque fois qu’Atis était entré dans la salle d’incarnation, c’était pour assister à ce qu’Ezia nommait sa condensation. Y pénétrer en l’absence de son occupante principale relevait du sacrilège. Les carreaux blancs brillaient, toujours immaculés. Le mur du fond était recouvert d’appareils aux formes étranges que le jeune homme n’avait encore jamais vu. Jusque là, les lieux étaient toujours envahis d’un épais nuage de vapeur qui dissimulait la quasi-totalité de l’endroit aux visiteurs. Sans la moindre hésitation, Faris se dirigea vers les machines sur lesquelles il commença à pianoter frénétiquement. Les touches ressemblaient à celles que l’on trouvait sur les anciens claviers de machine à écrire et émettaient un léger cliquetis à chaque fois que l’on appuyait dessus.

« Comment est-ce que tu as découvert tout ça ?
– J’ai tendance à observer. Ezia n’est pas omnisciente. Elle a besoin de se consacrer à chacun d’entre nous. Totalement. À chaque fois que tu te retirais à la serre, ou Lugh à la bibliothèque ou… je ne sais quoi, j’avançais.
– Ça ne durait jamais longtemps. »

Le journaliste eut un sourire blême.

« Ça a été une très longue enquête. Et je te demande pardon.
– Pourquoi ?
– Pas à toi. À Reinhilde.
– Ça veut dire quoi ? fit le pilote en reniflant
– Comment va ton cou ? Là où je t’ai mordue ?
– Je ne veux plus en parler.
– Moi non plus. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer quelque chose.
– Quoi ?
– Pourquoi tu ne saignes pas ? »

Reinhilde eut un gloussement incrédule, puis porta la main à sa blessure.

« Tu n’as pas mordu assez fort…
– Tu crois ? Il manque un bout pourtant.
– Tu vois une autre explication ?
– Oui. »

Nouveau concerto de touches. Plus lent cette fois-ci. À l’endroit exact où Ezia apparaissait en temps normal, quelque chose s’aggloméra. La voix de Faris tremblait à présent. Mais déroulait un discours implacable. Qu’il devait préparer depuis longtemps.

« Nous avons toujours cru que cet endroit n’avait qu’une seule fonction. Encore un tort encore un mensonge d’Ezia. Comme nous nous sommes mentis les uns aux autres. Ses instructions l’y forçaient.
– Qu’est-ce que ça a à avoir avec Reinhilde ?
– Réfléchissez. Ezia ne s’incarnait que lors des missions. Pour ne pas créer de gêne dans le groupe soi-disant. Mais en restant immatérielle, elle nous a amené à croire qu’elle ne pouvait pas agir directement. Alors qu’elle n’a cessé de le faire. Tout ce dont elle avait besoin…
– Non.
– Si on était dans une histoire d’espionnage, ç’aurait été un agent. Mais là, on parle d’une interface. d’un corps. Conscient ou pas de sa tâche. Personne ne pouvait faire la différence entre Ezia et un être humain. Alors qui aurait pu soupçonner l’un d’entre nous.
– Non ! »

À travers la brume, une haute silhouette les contemplait à présent. Ses cheveux ébouriffés étaient surmontés d’un arachnide métallique. Les yeux vitreux ne regardaient rien. Pas le moindre mouvement de la part de ce simulacre, le double parfait de Reinhilde.

« Un corps. Un système de contrôle. Que le vaisseau n’a plus qu’à activer. Le pilote de l’Ezia Polaris. Pardon Reinhilde. Mais il n’est plus temps qu’elle te manipule. Je te donne ta liberté.
– Ce n’est pas possible. »

La jeune femme se laissa lentement glisser au sol.

« C’est grotesque. J’ai des souvenirs. Des parents, des attaches. »

Le journaliste crispa les mâchoires :
« Où as-tu fait tes études ?
– À… À Berlin d’abord. Et je suis passée par un programme d’échanges d’académies, j’ai travaillé deux ans au Niger. »

Faris s’était détourné et rentrait une nouvelle combinaison de touches sur le clavier. La nausée saisit Atis quand il comprit ce qu’il allait se passer. Reinhilde reprit la parole, les yeux exorbités.

« À.. À Vladivostok. J’ai échoué aux tests de pilote de ligne… Et puis on m’a recruté dans l’armée et à… À Brest. J’aimais les chalutiers. Je… Je ne suis jamais allée à l’école. Je suis amoureuse. Il est beau. Belle ? J’ai une usine de conditionnement des fruits. J’aime les couchers de soleil. J’aime la télévision. J’ai une histoire, je me rappelle que j’ai vu le vaisseau ! Il me l’avait montré, je suis amoureuse ! J’aime… J’aime… J’aime n’efface pas…

– Faris arrête ! »

Reinhilde n’était plus qu’une forme prostrée au sol, tandis que son simulacre, toujours immobile, commençait à se dissiper en fines particules. Le capitaine se surprit à retenir sa respiration. Ne pas inhaler le moindre atome de cette chose. Il s’approcha de son pilote.

Reinhilde n’avait plus de regard. Ses yeux s’était dissous dans l’incommensurables tandis que ses membres avaient déjà la raideur d’un cadavre. À ses côtés gisait LaFay, inerte, les pattes recroquevillés comme un petit insecte malade. Le cœur au bord des lèvres, Atis se redressa.

Et puis une quinte de toux abominable. Un bruit de vomissement. Des glaires rouges souillèrent le carrelage blanc. Et Faris s’écroula à son tour.

« Non ! »

Jamais le journaliste n’avait semblé aussi frêle. Les angles de sa carcasse reposaient désormais au creux des bras d’Atis.

« Je vais te sauver. Je vais te sauver. Toi. Au moins toi. Je peux le faire, je peux y arriver.
– Désolé Capitaine. C’est un peu plus grave que prévu, je crois. Faut espérer que Lugh va réussir sa planète. Ou que la tienne sera belle.
– Je comprends rien à ce que tu racontes. On va rentrer à l’infirmerie. Je vais réactiver Ezia et on te soignera. Promis.
– C’est trop tard. C’est con hein ? J’aurais pas mon scoop. Je verrai pas le nouveau monde. Je reverrai pas l’ancien. Je m’étais promis de faire un voyage à Tokyo. Depuis dix ans. Il paraît que c’est la seule ville qui ne cède pas à la peur. J’aurais bien voulu voir. Même ça. Raté. Plus possible. Plus rien de possible.
– Je m’en fous. Je m’en fous totalement. Je vais te sauver même si ça n’est pas possible. Avec Reinhilde. Promis.
– Alors retourne à la baie d’embarquement. Dépêche-toi. »

La voix d’Ezia tremblait légèrement.

« Il est nul ce système de sécurité. Il ne m’a même pas tuée aussi longtemps que prévu.
– Ezia…
– C’était encore pire que dans mes souvenirs. Je ne souhaite ça à personne. Allez. On va sauver Faris.
– Comment ?
– Les moteurs sont en sur-régime. J’ai dérivé tout ce qui n’était pas vital vers la propulsion du vaisseau et détruit les routines de sécurité. On y sera bientôt. À la dernière planète possible.
– Qu’est-ce que ça va changer ?
– Pour Faris, tout. Cours, petit malin. Et rappelle-toi. Maya. Pierre. Lugh. Les exilés. »

Et, dans les couloirs désormais vidés du ronronnement des machines, Atis courut. Tandis que la brûlure prenait lentement naissance au creux de ses poumons, il se souvint. La couverture de magazine qui s’était matérialisée dans sa chambre, quelques heures plus tôt.

« Les dernières confessions d’un survivant. »

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